“Dès que je l’ai entendu chanter, je me suis dit : je veux être dans un groupe avec ce gars-là”. Cette phrase de Neil Sanderson à propos d’Adam Gontier, prononcée alors qu’ils étaient tous deux en neuvième année dans la petite ville rurale de Norwood, Ontario, dit tout de ce qu’est Three Days Grace à sa source : une amitié, une évidence, une voix qui s’impose. Trente ans plus tard, le groupe canadien est devenu l’un des piliers du rock grand public nord-américain — quatorze singles numéro un au classement Mainstream Rock, des millions d’albums vendus dans le monde, et une trajectoire marquée par les ruptures, les retours et les réinventions.
Norwood, une cour de lycée, un rêve de groupe
L’histoire commence en 1992 sous le nom de Groundswell, formation de lycéens de Norwood composée d’Adam Gontier (chant, guitare), Neil Sanderson (batterie), Brad Walst (basse), Phil Crowe et Joe Grant. Le groupe enregistre un album, Wave of Popular Feeling, en 1995, avant de se séparer. Deux ans plus tard, Gontier, Sanderson et Walst se retrouvent à Toronto, reprennent l’aventure sous le nom de Three Days Grace et confient leurs maquettes au producteur local Gavin Brown, qui en extrait les pépites. Le nom lui-même est une question posée à voix haute : si tu avais trois jours pour changer quelque chose dans ta vie, en serais-tu capable ?
En 2001, le groupe est signé chez Jive Records après avoir été repéré par Barry Weiss, alors président du label. En 2003, le guitariste Barry Stock les rejoint et complète le quartet pour de bon.
L’âge d’or de Gontier : de I Hate Everything About You à Transit of Venus
L’album éponyme de 2003 lance Three Days Grace sur les radios rock nord-américaines avec I Hate Everything About You — numéro un au Canada, point d’entrée de millions de fans dans l’univers du groupe. Mais c’est One-X (2006) qui installe leur statut définitif. Enregistré en grande partie alors que Gontier se trouvait au Centre for Addiction and Mental Health de Toronto, où il suit une cure de réhabilitation, l’album produit Pain, Animal I Have Become, Never Too Late et Get Out Alive — des titres qui cartonnent en radio et deviennent des hymnes pour une génération entière de jeunes amateurs de rock. Animal I Have Become remporte le Billboard Rock Single of the Year en 2006. En 2007, le groupe est sacré Rock Artist of the Year par Billboard.
Life Starts Now (2009), produit par Gavin Brown, entre dans le top 3 du Billboard 200 et devient l’album le mieux classé du groupe aux États-Unis. Transit of Venus (2012) maintient le cap, avec Chalk Outline et The High Road en singles. Dix numéros un au Mainstream Rock en l’espace de dix ans : un record de constance.
Puis vient la rupture.
Le départ de Gontier et les années Walst
Le 9 janvier 2013, Three Days Grace annonce le départ d’Adam Gontier, abrupt et peu expliqué, quelques semaines avant le début d’une tournée co-headline avec Shinedown. Pour le remplacer, le groupe se tourne vers une figure familière : Matt Walst, frère cadet du bassiste Brad, ancien chanteur de My Darkest Days, qui a grandi en regardant Adam, Brad et Neil jammer dans son sous-sol à l’âge de onze ou douze ans. Walst le dit lui-même — sans Gontier qui avait convaincu Brad de jouer de la basse et son frère d’emporter une guitare électrique à la maison, il ne sait pas s’il serait devenu musicien.
Matt Walst apporte une approche légèrement plus mélodique, contribuant à faire évoluer l’identité sonore du groupe. Human (2015), Outsider (2018) et EXPLOSIONS (2022) s’accompagnent chacun de nouveaux singles numéro un — sept supplémentaires avec Walst au chant, portant le total à dix-sept. Une performance remarquable pour un groupe qui venait de traverser un changement de chanteur majeur.
Le retour du fils prodigue : Alienation et la configuration à deux voix
Le réchauffement s’opère progressivement. Pendant le Covid, Gontier et Brad Walst commencent à se retrouver à Peterborough, leur ville d’origine, autour d’un café. Les conversations reprennent, les rancœurs s’évaporent. Le 19 avril 2023, Gontier remonte sur scène avec Three Days Grace le temps de deux titres à Huntsville, Alabama, lors d’une date de la tournée Shinedown. Quelques mois plus tard, trois titres à Nashville. En octobre 2024, le groupe confirme officiellement son retour permanent — avec une configuration inédite : deux chanteurs, Gontier et Matt Walst, simultanément.
Pour déterminer qui chante quelle partie pendant le processus de démo, les membres font des parties de pierre-feuille-ciseaux. C’est cette configuration qui produit Alienation (août 2025), huitième album studio du groupe, propulsé par Mayday — numéro un du Billboard Mainstream Rock en 2025. L’album les emmène en tournée à travers le Royaume-Uni, le Canada, les États-Unis et l’Europe, dans ce qui s’annonce peut-être comme leur plus grande année de tournée. L’an prochain sera sans doute notre plus grande année de tournée — peut-être même la plus importante de toute notre histoire, annonce Neil Sanderson.
Un line-up devenu quintette
Le groupe réunit aujourd’hui Adam Gontier (chant, guitare rythmique), Matt Walst (chant, guitare rythmique), Brad Walst (basse), Neil Sanderson (batterie, claviers) et Barry Stock (guitare lead) — cinq membres pour la première fois depuis l’ère Groundswell, et deux voix qui se complètent plutôt qu’elles ne se concurrencent.
Les influences qui ont construit leur son — Pearl Jam, Alice in Chains, Soundgarden, Kyuss, Nine Inch Nails, Tool du côté de Gontier ; la radio rock canadienne, Matthew Good Band, Our Lady Peace, The Tragically Hip — se lisent encore dans chaque album, mêlées à une sensibilité mélodique qui a toujours su trouver le refrain qui reste.
Ce que Three Days Grace représente
Three Days Grace n’a jamais été un groupe de festival ou d’avant-garde. Leur terrain, c’est la radio rock, les stades, les fans qui connaissent les paroles par cœur et qui les ont chantées dans des moments difficiles de leur vie. Les textes de Gontier — nourris d’une honnêteté brutale sur la douleur, l’addiction, la survie — ont rejoint des millions de gens là où ils en avaient besoin.
Quatorze numéros un au Mainstream Rock, des millions d’albums vendus, trente ans de carrière avec une fracture et une réunion au milieu : Three Days Grace est la preuve qu’en rock, les liens qui comptent vraiment — l’amitié d’enfance, le sous-sol partagé, les premières répètes — finissent toujours par triompher.







